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La dyslexie

Souvent les difficultés ne sont pas des murs mais des tremplins... Il suffit parfois de pas grand chose pour révéler un élève "perdu". Une difficulté particulière ou un handicape cache bien souvent de nombreux talents. Pour moi, c'est aussi le rôle de l'enseignant, que de savoir dénicher, derrière les barrières apparentes, les capacités cachés.



Le plus célèbre des dyslexiques - Albert Einstein
Les parents de M. ont inscrit leur fils en fin de 3ème. Il avait suivi toute sa scolarité dans un lycée public très réputé de l’ouest parisien. Au prix d’énormes efforts et de grand stress, il était arrivé en 3ème sans jamais redoubler. M. est très dyslexique, donc étudier pour lui est un parcours du combattant. Ses parents l’ont toujours soutenu, cherchant ce qu’il y avait de mieux pour lui. M. est un garçon totalement bilingue car sa mère est écossaise.

En fin de 3ème, son établissement scolaire lui annonce qu’il doit changer d’orientation, en raison de ses résultats trop moyens, qu’il ne sera jamais capable d’avoir son bac, et qu’il doit par conséquent chercher une autre voie. C’est un grand désespoir pour M. et sa famille. Ils décident de se battre et de trouver d’autres solutions. Ils entendent parler de notre établissement.

Après un long entretien avec ses parents, nous acceptons M. en classe de seconde générale. C’est un garçon gentil, volontaire, très charismatique, plein de talents. Nous avons très vite confiance en lui et en sa réussite.

Après une 2nde moyenne, on découvre lors des cours sur les cartes de géographie qu’il est en plus daltonien. Nouvelle difficulté, tout le monde cherche des solutions pour qu’il reconnaisse les couleurs à utiliser. Nous mettons au point des techniques spécialement conçues pour lui.
A la fin de son année, il décide de s’orienter vers une 1ère scientifique, cela nous semble difficile, mais nous décidons de le suivre dans sa décision.

Pendant cette année, ses résultats en mathématiques, physique et sciences sont assez faibles. Par contre, il se concentre vers l’anglais et il réussit avec succès les examens d’IGCSE qu’il présente (littérature, langue, histoire). Il s’accroche aussi en vue des épreuves de français. Rédiger pour lui est vraiment difficile. On l’entraîne beaucoup pour cette épreuve : nombreuses séances d’épreuves de français oral blanc avec les meilleurs spécialistes, séances de lecture de texte avec un comédien. Ses parents l’aident aussi et lui font donner quelques cours supplémentaires afin d’être encore plus performant à l’épreuve orale.

En effet, sa dyslexie rend très difficile la lecture des textes à haute voix, pourtant c’est la première impression que l’examinateur du bac aura de lui. Mais M. est un excellent acteur, donc s’il met le ton et qu’il s’entraîne, cela peut lui être très favorable. Tout est fait pour lui donner confiance et lui prouver qu’il est capable.

Pendant ces deux années passées à l’école, M. prend confiance en lui, tous les autres élèves admirent ses dons de comédien, de chanteur, de danseur, et également sa très grande volonté car jamais il ne baisse les bras devant la difficulté.

Il se sent tellement bien qu’il demande à témoigner au micro pour la vidéo de l’école. (Si vous souhaitez voir la vidéo suivez le lien )

En fin de 1ère, ses résultats en sciences et physique restant assez bas, un rendez-vous est provoqué entre ses parents et la direction de l’école. Après en avoir préalablement parlé en conseil de classe avec l’ensemble des professeurs et M. lui-même, nous leur proposons un changement de section : s’orienter plutôt vers l’option « économie et sociale » avec une spécialité « anglais » nous semble à tous plus judicieux et lui donne davantage de chances d’obtenir ce baccalauréat.

En effet, l’anglais devient alors une matière à fort coefficient (3 à l’écrit, et 2 à l’oral) alors que dans la section scientifique, l’anglais ne se passe qu’à l’écrit avec un coefficient de 3. M., qui est assez moyen en mathématiques, en section scientifique, devient très fort en section économique et sociale car le niveau exigé est moins élevé, et la langue 2 se passe à l’oral alors que dans l’autre section elle se passe à l’écrit. Bien sûr il devra rédiger une rédaction en philosophie, économie et histoire géographie mais avec le tiers temps supplémentaire obtenu à cause de sa dyslexie il devrait s’en sortir. Ce bac lui ouvre beaucoup de portes et le changement de section n’est pas un handicap pour ses études futures.

En fin de 1ère, ses notes aux épreuves de français écrites et orales sont tout à fait honorables (9 à l’écrit et 9 à l’oral).
Il a eu bien sûr le tiers temps supplémentaire et heureusement que sa confiance en lui est forte car il est déclaré par l’administration dans les épreuves comme « handicapé ». Mais il en plaisante avec ses camarades de classe qui le soutiennent toujours.

Son année de terminale se passe bien malgré les difficultés qu’il rencontre dans les matières à rédaction importante citées ci-dessus. M. peut continuer ses activités annexes : il joue merveilleusement un des rôles principaux dans une pièce de Shakespeare, il continue à avoir une vie sociale importante et il ne perd pas sa confiance en lui, bien au contraire, tellement les autres l’admirent. Il témoigne d’une grande joie de vivre et de beaucoup de gentillesse et de reconnaissance envers tous.

Les professeurs et la direction l’accompagnent dans ses apprentissages, sans jamais le casser ni le démoraliser, n’hésitant pas parfois à adapter la notation pour que jamais il ne baisse les bras. L’accent est mis sur ses atouts : l’anglais, l’espagnol, les mathématiques, la natation. Il est heureux, convivial et est un élément essentiel de la classe.

Parallèlement ses parents ont confiance en lui, ils cherchent et essayent toutes les méthodes possibles pour l’aider par rapport à sa dyslexie.

Il passe ses épreuves du bac avec toujours son temps supplémentaire qui lui est bien utile. Il est décontracté car il connaît ses points faibles mais surtout ses points forts. Il a confiance en lui, il sait qu’il est tout à fait capable de réussir.

Puis le stress augmente avec l’attente des résultats et la merveilleuse nouvelle : M. est RECU à son baccalauréat ES (économique et sociale) avec une MENTION ASSEZ BIEN, il a eu 19 en mathématiques et à l’oral d’anglais. Il est très heureux, les professeurs et la direction de l’école partagent ce grand bonheur et ses parents sont ravis et fiers de lui, il peut maintenant faire à peu près tout ce qu’il veut.

Voilà l’histoire d’un élève ayant des difficultés importantes qui était considéré comme incapable d’avoir un bac général par certains établissements et qui grâce à la confiance qu’ont eu une direction d’école et ses professeurs en ses capacités, à sa volonté d’y arriver, à des stratégies de réussite mises en place par l’établissement scolaire, a plus que réussi, sans vivre dans un stress effroyable et en continuant à mener une vie de jeune équilibré. Le soutien et la confiance de ses parents ont bien sûr été primordiaux.

Il est maintenant un exemple pour tous les petits enfants dyslexiques de l’école qui parfois sont tristes et révoltés devant cette injustice qu’ils vivent au quotidien. Pourquoi ont-ils tant de mal à apprendre là ou d’autres réussissent si facilement ?… Mais maintenant ils savent et leurs parents aussi qu’ils peuvent réussir.


Mercredi 14 Mars 2007 - 15:44
Sylvie d'Esclaibes
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