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Mon aventure ou plutôt mon bonheur « Montessori »



Mon aventure ou plutôt mon bonheur « Montessori » a commencé classiquement avec une mésaventure. Il faut d'ailleurs toujours une mésaventure pour nous faire mûrir.

Mon fils et ma fille, tous deux à la maternelle publique de mon quartier y ont en effet connu bien des déboires.
Mon fils, bilingue français-persan et entendant occasionnellement de l'anglais à la maison était visiblement lent dans l'acquisition du vocabulaire français, il était aussi très rêveur. Sa maîtresse m'interpelle un jour à la sortie : « arrêtez de lui parler vot' langue ! ».

Quelques mois plus tard, nous sommes convoqués, mon mari et moi : « on vous propose de le mettre en institution spécialisée », à notre question « pourquoi ? » la maîtresse répond : « je ne sais pas » ; visiblement le cercle qu'il a dessiné sur le formulaire d'évaluation ne correspondait pas tout à fait à ce qu'on attend de lui à son âge. Toutefois, la rage de mon mari a rapidement calmé les errements de ces fonctionnaires.

Par ailleurs, je vois que ma fille est en régression et qu'elle pleure tous les jours avant d'aller à l'école. Une assistante maternelle que j'avais croisée fortuitement un jour m'avait dit : « Madame, je suis outrée par la manière dont on traite votre fille ». J'ai retiré ma fille de l'école et j'ai arrêté de travailler pour m'en occuper.

A la fin de l'année, j'ai tout de même inscrit mon fils au CP de l'école publique, juste en bas de chez moi lorsque j'ai reçu un étrange coup de fil le 30 juin : « Madame je suis la directrice de l'école XXX, je ne vous conseille pas de mettre votre fils chez nous, au vu de son dossier s'il y a quoi que ce soit qui ne va pas dès le mois d'octobre, nous le mettrons en institution spécialisée [laquelle et pourquoi je me le demande encore aujourd'hui !]. Comprenez que nous avons des CP surchargées et que l'on ne pourra pas s'en occuper comme il le faudrait ».
Après coup, je ne peux que remercier cette femme, tout compte fait.

Dans une panique totale, cherchant une solution, je me suis souvenue qu'en maternelle j'avais rencontré une maman américaine mariée à un frano-iranien. Elle avait eu aussi pas mal d'ennuis avec sa fille bilingue et m'avait vanté les vertus de l'école Vive l'Enfance et de la méthode Montessori vers laquelle elle avait fini par se tourner. J'ai franchi le pas ; il restait deux places pour la rentrée.
La rencontre de Darius avec Adrien a été mémorable : « Je suis fier d'avoir un persan à l'école, surtout continue de parler le persan avec ta maman » [malheureusement la fameuse maîtresse qui me prenait pour l'épicière arabe du coin avait eu raison de mon acharnement à parler persan !]. Et Adrien d'expliquer à Darius ce que la civilisation iranienne avait apporté à l'angéologie… Enfin, j'étais dans mon élément !

De plus, l'impulsion et la direction données à l'école par Sylvie et Adrien correspondaient en tous points à nos valeurs : mes enfants étaient préservés des moqueries, du cynisme, de l'irrespect, des influences négatives ; ils bénéficiaient d'un environnement au sein duquel ils ont pu se construire en toute tranquillité, sans violence, sans crainte, apprenant à partager, à échanger en toute confiance. Ils ont appris à travailler et à être autonome sans fuir l'effort, sans mentir, sans ruser pour se décharger de leurs responsabilités (des stratégies répandues chez les enfants de mes amis). De bonnes habitudes leur ont été transmises et très tôt ils ont été sensibilisés aux méfaits des drogues, de l'alcool, du tabac, de sorte que tout cela paraît bien ringard (« pathétique », « pitoyable » dit Roxane !) à leurs yeux.

Bref, à partir de ce jour là, nous avons eu une vie heureuse et sereine. Darius a été compris, le fait qu'il soit original et abstrait, même si cela n'a pas été facile à gérer, n'a pas été un obstacle pour l'école. Il y a trouvé sa place, développé des compétences et de notre côté nous avons fait ce qu'il fallait pour l'impliquer davantage dans le concret. Il y est heureux, a confiance en lui et a envie de donner le meilleur de lui-même.

Ma fille, Roxane, s'est épanouie de façon extraordinaire, elle qui était timide a un relationnel épatant. Les spectacles de l'école (jusqu'à deux fois par an !) nous ont laissé de merveilleux souvenirs et ils ont permis aux enfants de monter sur scène, de chanter, de danser, de communiquer, d'être sûrs d'eux, naturels et communicatifs. Mes enfants ont eu la chance de grandir comme moi dans un environnement international, de parler plusieurs langues, de se sentir un peu privilégiés et fiers de leur éducation comme j'ai pu l'être et l'école a exaucé ce vœu de les voir bénéficier de ce dont moi-même j'ai bénéficié.

Mais il ne s'agit là pas simplement de la vie des enfants. L'école m'a offert un cadeau formidable : réussir ma propre vie. J'étais historienne et j'ai profité de la sérénité que me procurait cet environnement pour reprendre mes études et finir ma thèse. Ma disponibilité a été réduite au minimum et je me suis reposée entièrement sur l'école tout en prenant soin d'avoir une aide aux devoirs à la maison. Si j'ai pu mener à bien ce projet long et douloureux, c'est certainement grâce à ce que l'école nous a toujours procuré : un bonheur serein. Pour le comprendre, il faut le vivre.

Mercredi 03 Octobre 2007 - 10:27
Soudabeh Marin
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